JP Morgan : la malédiction des Frenchy ?

JP Morgan : existe-t-il une malédiction des traders français ?

Dans cet ITW réalisée pour le magazine en ligne Atlantico, je reviens sur la récente perte causée par un Français.

Le trader français, Bruno Michel Iksil, surnommé « la baleine de Londres » est à l’origine des pertes de 2 milliards de dollars en six semaines de la banque JP Morgan. Une somme qui pourrait encore augmenter. Les traders français prendraient-ils des risques inconsidérés ?

Que vous évoque le dernier scandale JP Morgan mettant en cause un trader français ?

Un certain malaise. Malgré la grave crise que nous traversons, certaines banques restent malheureusement guidées par l’appât du gain facile et n’ont pas tiré de bonnes leçons. Par ailleurs, en pleine déconfiture des marchés ce n’était pas le moment de subir cet énième scandale financier. Or une chose est sure en matière de finance : le gain facile n’existe pas et les managers à la tête de ces institutions financières semblent l’oublier très vite. C’est malheureusement très symptomatique du monde de la finance.

Après l’affaire Kerviel, on entend parler de « Voldemor » qui aurait fait perdre 1,5 milliard d’euros dans cette banque… Le fait qu’ils soient français est-il une simple coïncidence ?

Malgré cette troublante coïncidence il n’y a pas à mon sens de lien avérés. Il n’existe, à ma connaissance, aucune recherche sérieuse permettant de faire le lien entre la nationalité d’un individu et son inclination à prendre des risques.

Seul fait tangible : les Français sont sur-représentés dans le domaine du trading et les banques sont friandes des diplômes des grandes écoles. Il n’y a pas de frontières pour être Rogue Trader. On se souvient tous de Nick Leeson, John Meriwether, etc.

Comment expliquer ce phénomène ?

De nombreuses recherches en finance comportementale ont prouvé le rôle déterminant des émotions dans le domaine du trading. La finance comportementale a démontré la présence de biais psychologiques chez les traders, qui constituent une entorse à l’état de rationalité parfaite et pouvant être classés en deux grandes catégories :

  • Les biais cognitifs mettent en évidence l’influence de nos connaissances et de nos croyances lors de la prise de décision. Ils correspondent à des principes erronés acquis par un individu durant son enfance ou sa formation et sur lesquels il va se baser pour prendre ses décisions.
  • Les biais émotionnels mettent en évidence les effets négatifs des émotions sur notre performance.

Les chercheurs Kahneman et Tversky ont mis en évidence, dans leur théorie des perspectives aléatoires, la fâcheuse tendance des traders à prendre leurs profits rapidement et à éviter de couper leurs pertes. Ce résultat s’explique par le fait que la satisfaction retirée d’un gain supplémentaire est largement inférieure à la douleur ressentie par le trader pour une perte du même ordre. Ainsi, le trader va souvent refuser de perdre car la matérialisation de la perte symbolise son échec, ce qu’il refuse car il est victime de son ego. Le trader est dans un état de dissonance cognitive : il occulte totalement la perte et se centre uniquement sur les informations qui le confortent. Par exemple, si le marché dessine un mouvement adverse par rapport au scénario du trader, ce dernier va minimiser cette information et considérer le comportement du marché comme temporaire. Il cherche à éviter toute douleur émotionnelle et rentre en mode espoir.

Ainsi, en étudiant le parcours de ce trader une chose m’a frappé : il aurait rapporté à sa banque 100 millions de dollars plusieurs années d’affilée. Cela peut sans doute expliquer une baisse de vigilance de sa part et un excès de confiance, phénomène bien documenté par la finance comportementale.

En outre, le fait qu’il ait été performant aurait pu expliquer une baisse de vigilance de la part de ses supérieurs. Une chose est sûre, ils n’ont pas été très professionnels dans cette affaire et c’est ce qui est effarant.


Les grandes banques s’arrachent les traders français, pour quelle raison ?



Les diplômés français des grandes écoles françaises (Polytechnique, Centrale Paris, Dauphine) sont réputés mondialement et très prisés.  En effet, les mathématiques sont de plus en plus présentes et la finance s’est complexifiée avec le développement d’algorithmes de trading, de produits très sophistiqués,…

Par ailleurs, depuis un certain nombre d’année, le fait que les français soient nombreux à la City a créé une sorte de cooptation. Ainsi, un centralien souhaitera recruter un diplômé de la même école et l’esprit de réseau joue énormément. Ainsi, Fabrice Tourre est diplômé de l’école centrale de Paris tout comme Bruno Michel Iksil ou encore Driss Ben Brahim l’ancien trader vedette de Goldman Sachs qui aurait remporté un bonus équivalent à 75 millions d’euros en 2003. Ce système qui existait déjà en France, notamment à la Société Générale, a été exporté à Londres.


Cette hyper spécialité est-elle devenue une malédiction ? Pour quelles raisons ?

Pas une malédiction, mais elle représente clairement un danger. En effet, si la spéculation reste importante dans une économie de marché, je ne pense pas que ce soit le rôle des banques de le faire. Les différents épisodes de ces dernières années viennent une fois de plus nous le rappeler.

Lien de l’article :

http://www.atlantico.fr/decryptage/jp-morgan-malediction-traders-francais-banques-thami-kabbaj-360339.html

A propos Thami Kabbaj

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